Stérol et stéroline pour le système immunitaire
Référence: Bouic P.J.D. Stérols et stérolines - nouveaux médicaments pour le système immunitaire ? (Sterols and sterolins: new drugs for the immune system?);
Drug Discovery Today, 2002, vol. 7, no 14, p. 775-778.
Introduction:
En dépit du fait que les connaissances scientifiques sur les cellules immunes et leurs diverses sous-populations se sont rapidement accrues au cours des 10 dernières années, la gestion médicale et médicamenteuse des états inflammatoires chroniques et des allergies n'a pas été modifiée à la lumière de ces nouvelles découvertes. Cependant, une plus grande compréhension du système immunitaire et de la façon dont il est contrôlé par deux sous-populations uniques des lymphocytes T4 (TH1 vs TH2) a mené à la reclassification de certains types de désordres dans des catégories spécifiques en fonction des ratios de ces cellules uniques. On peut maintenant viser spécifiquement les états chroniques en tant que tels, en restaurant l'équilibre TH1:TH2.
Les stérols végétaux: nouveaux agents thérapeutiques
Même si le bêta-sitostérol (BSS) est surtout employé comme traitement naturel pour aider à contrôler l'hypercholestérolémie, le glucoside de bêta-sitostérol (BSSG ou sitostéroline) n'a pas fait l'objet d'une recherche aussi rigoureuse parce qu'il n'est présent qu'à de très faibles taux dans le plasma humain. Depuis 1996 cependant, le Dr P.J.D. Bouic et ses associés ont investigué les effets immunomodulateurs d'un mélange exclusif de stérol et de stéroline végétaux (BSS:BSSG). Ils ont déterminé que cette combinaison non seulement améliore l'action in vivo et in vitro des lymphocytes T, mais qu'elle augmente également les effets cytotoxiques des cellules tueuses naturelles (NK) contre les cellules cancéreuses spécifiques de la lignée cellulaire K562. Des études expérimentales subséquentes ont permis de conclure que ce mélange spécifique stérol-stéroline avait une action favorable particulièrement sur les TH1 des lymphocytes T4 et pouvait par conséquent rétablir l'équilibre délicat TH1:TH2. Malheureusement, cet équilibre est souvent détruit pour laisser place à une réponse prédominante des TH2, ce qui entraîne une réponse immunitaire cellulaire et humorale médiocre. De plus, dans des monocytes stimulés par une endotoxine et à des concentrations physiologiques, cette même combinaison de stérol et stéroline végétaux aidait à prévenir à 98% la sécrétion de la cytokine pro-inflammatoire interleukine-6 (IL-6) et du facteur onconécrosant alpha. Ceci confirmait les résultats d'autres chercheurs qui avaient constaté que les extraits de feuilles (ou d'autres parties de plantes) étaient riches en stérol et avaient des effets anti-inflammatoires profonds dont l'action, dans certains cas, était comparable à celle de l'hydrocortisone, un anti-inflammatoire. Compte tenu que les stérol et stéroline agissent à la fois comme immunomodulateurs et anti-inflammatoires, il n'était que logique d'amorcer des essais cliniques avec ces produits naturels non toxiques.
Stérol et stéroline - Essais cliniques
Tuberculose
Dans une étude comparative à double insu, l'utilisation de stérol et stéroline comme thérapie complémentaire a aidé les patients atteints de tuberculose à guérir plus vite, à gagner plus de poids et à subir moins d'inflammation que les patients qui prenaient un placebo.
Marathoniens et immunosuppression
Dans cet essai comparatif à double-insu, les marathoniens qui utilisaient le mélange exclusif de stérol et stéroline ne montraient aucun des signes d'immunosuppression post-marathon caractéristiques (comme la neutrophilie, la leucocytose, la lymphopénie) observés dans le groupe placebo. De plus, ceux qui avaient pris le mélange de stérol et stéroline végétaux furent capables d'inhiber l'inversion des ratios des lymphocytes T4 et T8, interrompant ainsi l'effet temporaire d'immunosuppression de la course. Par surcroît, chez les marathoniens utilisant le mélange BSS:BSSG, le rapport cortisol/S-DHEA fut maintenu à ce qu'il était avant la course.
Infection par le VIH
Dans une étude ouverte, des patients séropositifs ayant un décompte de lymphocytes T4 supérieur à 500/µl de sang qui n'utilisaient pas d'antirétroviral ont affiché un décompte stable de lymphocytes T4 et une diminution de la charge virale plasmatique après avoir utilisé le mélange BSS:BSSG pour une durée allant jusqu'à 40 mois. Ce groupe de patients a maintenu un profil TH1 prédominant, ce qui indique que leur réponse immunitaire à médiation cellulaire agissait à la fois sur le contrôle viral et la prévention de la perte de lymphocytes T4.
Arthrite rhumatoïde
Dans un essai comparatif récent, des patients atteints d'arthrite rhumatoïde (AR) ont connu une diminution significative (selon les critères de l'American College of Rheumatology (ACR)) de l'activité de la maladie lorsqu'ils utilisaient le mélange stérol/stéroline. Même si, dans cette étude, les sujets du groupe recevant le traitement et ceux du groupe placebo utilisaient des anti-inflammatoires (comme le diclofénac) et des analgésiques (comme le paracétamol), la réponse au traitement fut de 48% chez les patients qui utilisaient le mélange de stérol et stéroline végétaux contre seulement 21% chez ceux du groupe placebo. De plus, les patients du groupe ayant reçu le produit actif utilisaient moins de médicaments prescrits, ce qui suggère que leur qualité de vie était meilleure. Les stérol et stéroline végétaux, notent les auteurs, pourraient travailler de façon semblable au Flemun, un produit de la firme allemande Intermuti Pharma, qui diminue l'activité in vivo et in vitro de la cyclo-oxygénase et de la lipoxygénase.
Virus de l'immunodéficience féline (VIF)
Chez les chats infectés par le VIF et traités avec le mélange de stérol et stéroline, le décompte de lymphocytes T4 s'est maintenu sur de longues périodes, et le taux de mortalité a diminué de façon significative comparativement à celui des chats non traités du groupe témoin.
Rhinite allergique et sinusite
Ceux qui souffrent d'allergies affichent un profil TH2 prédominant, ce qui indique une plus grande sécrétion d'interleukine-4 (IL-4) inflammatoire et donc une plus grande sécrétion d'immunoglobuline-E (IgE). En mettant cette hypothèse à l'épreuve, 24 individus souffrant de rhinite/sinusite allergique ont reçu le mélange de stérol et stéroline pendant 12 semaines, après quoi on a observé chez ces sujets une réduction significative de leurs symptômes cliniques subjectifs aussi bien qu'objectifs (comme une diminution de la rhinorrée, de la rhinopharyngite, de l'hypertrophie du cornet nasal, et des taux d'IgE).
Conclusion:
Si la capacité de contrôler l'inflammation et les symptômes dus à un dérèglement du système immunitaire a constitué l'assise de la thérapie médicale moderne, nous sommes au seuil d'une nouvelle connaissance, à savoir que certaines sous-populations de lymphocytes T4 et leurs messagers solubles pourraient avoir un effet significatif sur l'évolution des maladies chroniques.
Même si de nombreux produits naturels comme le gingko et la griffe de chat contiennent des phytostérols, seul le mélange de stérol et stéroline normalisé dans un ratio de 100 pour 1 s'est avéré optimal pour équilibrer le délicat rapport TH1:TH2 à des concentrations relativement faibles. Les stérol et stéroline pourraient donc nous faire entrer dans une nouvelle ère de traitements où nous tenterons de réparer les anomalies sous-jacentes plutôt que de supprimer les symptômes de la maladie.